 | Berger peul
|  | La marche nonchalante du troupeau de zébus asperge la végétation d’une pellicule opalescente. la brousse semble figée dans la torpeur d’un ciel lumineux sans tâche. un chèche protège son visage des tourbillons de poussière soulevée par ses bêtes. le berger peul s’appuie sur son bâton et scrute l’horizon. il connaît la région pour l’avoir maintes fois sillonnée ; il sait interpréter les signes que la nature distille à l’approche de changements climatiques. la steppe sahélienne aux arbrisseaux éparses procure au berger peul une pâture qui, chaque jour, se réduit inexorablement. le berger peul est perpétuellement en mouvement, à la recherche d’un point d’eau ou d’un fourrage abondant. il obtient de ses frères d’aventure des informations pertinentes sur un prochain déplacement en terre inconnue. si la nature est quelquefois capricieuse, les êtres qui l’habitent le sont bien plus encore. faudra-t-il éviter la province du "séno" où, à quelques kilomètres de dori, cultivateurs et bergers peul se sont invectivés ? la bonne marche d’un troupeau n’est pas toujours facile : quelques bêtes s’égarent et, attirées par des terres arables où trône la céréale, retournent le terrain rendant le paysan belliqueux. les troupeaux sont maudits et la mauvaise réputation précède le berger peul. affecté par ce bannissement, il s’accroche à son code de vie, le "pulaaku", et passe son chemin.
la lumière du jour commence à décliner. cette transhumance qui l’emmène vers le sud sur les terres plus grasses du burkina-faso a débuté il y a 20 jours et commence à peser dans les sabots de ses bœufs. les10 kilomètres journaliers du départ se sont réduits à 5 pour ne pas affaiblir le troupeau. une eau résiduelle et salvatrice semble écarter les herbes hautes. les rayons couchants du soleil teintent le sol d’une couleur ocre. les zébus, à l’approche de la délivrance, resserrent les rangs pour enfin se déployer en corolle autour de cette flaque providentielle. le berger peul repère un acacia à l’ombre brune ; il passera la nuit ici, aux abords du point d’eau, sans avoir au préalable recompté son cheptel. il profite de ce moment de quiétude pour vérifier l’état des quelques bêtes qu’il devra conduire demain au marché de gorom-gorom, un des plus importants de la région où se rendent d’autres bergers peuls. après la vente, il retrouvera pour un soir les siens. ils partageront rires et plaisanteries dans une langue, le "fulfulde", parlée par les bergers peuls et que l’on peut entendre d’est en ouest, de l’atlantique à la mer rouge.
| Retrouvez l'oeuvre: Berger peul de l'artiste Pascal Lamy-rousseau sous le thème: Art et afrique et dans le catalogue de sa galerie d'art. |  |
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